Ces adversaires qui se prétendent nos alliés

Tout le paradoxe du mot « féminisme » réside dans sa propre définition et ses enjeux. Il est à la fois un gros mot et un sésame.

Un gros mot quand il est prononcé par les femmes : une femme-féministe est une hystérique, une mal-baisée, une extrémiste colérique qu’il faut à tout prix calmer, qui dessert sa cause, qui ne comprend rien aux « vrais » combats.

Un sésame quand il est prononcé par les hommes : un homme-féministe est un héros, qui mérite qu’on l’applaudisse, un brave type qui soutient la-cause-des-femmes, qui peut se prévaloir d’être un progressiste, voire de donner des leçons de respect des femmes.

Par enchantement le mot “féminisme” augmente le capital-sympathie d’un homme de la même façon qu’il diminue celui d’une femme. Le féminisme porté par une femme est une étiquette qui la discrédite, porté par un homme il devient une médaille qui l’honore.

 

De ce triste paradoxe – qui pourtant s’explique aisément par une des lois patriarcales fondamentales selon laquelle les hommes sont toujours légitimes sur n’importe quel sujet et que les femmes ayant une opinion à faire entendre sont systématiquement des emmerdeuses qui devraient retourner à leurs casseroles – découle une reproduction au sein même des milieux féministes, et à l’extérieur d’un schéma de domination courant en société dans le comportement genré : l’homme-féministe devient plus légitime que la femme-féministe à s’exprimer sur le féminisme.

L’homme-féministe n’est pas hystérique, il n’est pas vindicatif ; il peut même s’octroyer la légitimité de dire à des femmes-féministes de « se calmer » et se vautrer dans le mansplaining (1) le plus crasse, il garde toujours son aura de brave-type-progressiste-qui-défend-lakôze-des-faibles-femmes. Pire, au nom du féminisme, il s’arroge le droit d’insulter, menacer les femmes-féministes qui sont en désaccord avec lui, ou qui l’accusent de mansplaining.

On assiste alors au spectacle absurde d’hommes luttant pour une cause opposée à l’émancipation des femmes et l’égalité des genres se revendiquant féministes pour bénéficier du crédit qui est ironiquement refusé aux femmes qui s’en réclament. Daâsh et le FN ont cela en commun de se prétendre féministe, le premier arguant de vouloir « rendre aux femmes la place qui leur sied, contrairement à l’occident qui les avilit en les hypersexualisant », le second arguant de « rétablir la complémetarité entre hommes et femmes » notamment en renvoyant ces dernières au foyer.

Plus vicieux encore sont ceux qui invoquent le féminisme pour s’opposer aux « féministes », qu’ils décrivent comme un bloc homogène, constitué d’individues formatées et lobotomisées, vindicatives à l’extrême, idéologiquement démunies. C’est le « féminisme » de Soral, des réactionnaires de tous poils, des masculinistes. Les pires raclures misogynes portées par la Terre osent l’indécence ultime, s’autoproclament féministes pour mieux assaillir les féministes qui s’opposent à eux ; tel le blanc qui se dit antiraciste pour se soustraire à une accusation de racisme, le masculiniste se prétend féministe pour se soustraire à toute éventuelle accusation de mansplaining, de misogynie.

 

C’est le cas d’hommes tels que Laurent Bouvet (2), Thierry Séveyrat (Thierry Sept), Yannick Humbert-Droz, Bruno Fourny, Antoine Bro (liste évidemment non-exhaustive) du Printemps Républicain, qui se trouvent malheureusement soutenus par quelques femmes – les masculinistes, le FN et Daâsh également, et cela ne leur donne pas raison pour autant.

Connes

Ces hommes n’hésitent pas à se dire féministes, et lancer des chasses aux sorcières avec harcèlement et diffusion publique des patronymes de militantes féministes ; ils se vautrent dans le plus incroyable des comportements dominants, du harcèlement et des menaces à l’encontre de femmes féministes, en passant par le déni de la parité (pour donner une idée, la parité selon Laurent Bouvet c’est 17 hommes pour 4 femmes).

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Parité

Ces antiféministes qui prennent l’étiquette de féministes, profitent du système phallocrate qui décrédibilise les femmes féministes en donnant du crédit aux hommes autoproclamés féministes, pour asseoir leur propre domination. Cette inversion perverse des rôles leur permet notamment de lutter contre l’émancipation des femmes et de perpétuer leur domination sur elles, accompagnée de violence patriarcale, tout en s’accordant une image de progressistes et se laver par avance de toute accusation de dominance. « Je suis pas sexiste, puisque je suis féministe », disent les hommes qui s’assoient sur les féministes au nom du féminisme.

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Pis encore, quand ces personnes bénéficient de tribunes et d’une portée médiatique – privilèges accordées largement plus aux hommes, autre conséquence de l’ordre patriarcal – cela leur permet d’instrumentaliser le féminisme pour avancer des idéologies racistes et néocolonialistes ; on l’a vu récemment avec le discours nationaliste qui avançait les “droits des femmes” pour justifier sa chasse aux migrants. Alors que le FN se prétend féministe tout en chiant sur les droits fondamentaux, notamment reproductifs, des femmes ; alors que les masculinistes se réclament du féminisme tout en perpétuant la violence phallocrate primaire à l’encontre de femmes, il est urgent de se réapproprier notre propre lutte, et de prendre conscience que notre ennemi se déguise en allié pour mieux nous détruire de l’intérieur. Il est urgent que les femmes cessent d’alimenter, dans le but de régler des querelles interpersonnelles, le délire de pervers narcissiques tel que peut l’être Laurent Bouvet, et cessent d’aller dans le sens du racisme et de l’islamophobie qui instrumentalisent le féminisme, alors ces discours sont issus des bouches et des claviers d’oppresseurs avérés qui pour mieux se dédouaner de leur propre misogynie veulent donner des « cours de respect des femmes » aux migrants et assoir leur racisme éhonté en marchant et en crachant sur les militantes féministes.

 

Ces hommes-là ne sont prêts à renoncer à aucun de leurs privilèges, ils ont juste trouvé le moyen de continuer à oppresser les femmes en se donnant des airs d’être leurs alliés. Ils sont les plus farouches adversaires du féminisme, en cela qu’ils prétendent le défendre, et même en être de meilleurs représentants que les femmes elles-mêmes. Cependant qu’ils assurent la perpétuation de leur statut de dominant et qu’ils crachent sur l’émancipation et la légitimité des femmes, ils le font avec l’aura héroïque que leur confère leur appartenance auto-induite au mouvement sensé redonner leur dignité à ces mêmes femmes.

 

Edit du 23/02/2016 : A noter que Laurent Bouvet a déjà fait parler de lui sur les internets, ici et . Son antiféminisme primaire n’est plus à démontrer, il a déjà fait l’objet de plusieurs articles incendiaires visant à dénoncer un usurpateur du titre “féministe”.

 

***A titre personnel j’adresse tout mon soutien aux militantes qui sont harcelées, menacées et publiquement diffamées par ces tristes personnages du Printemps Républicain qui incarnent à merveille l’inversion perverse des hommes qui se prétendent féministes pour œuvrer contre l’émancipation des femmes ; et ce malgré tous les différends idéologiques qui ont traversé nos espaces. La domination masculine est ce qui unit la classe des femmes, et en cela, nous sommes toutEs solidaires.***

 

 

#PourLeLOL

  • Plaignons ces pauvres hommes victimes du complot féministe-reptilien qui sont discriminés et opprimés systémiquement par des hordes d’hystériques qui en veulent à leur personne. AKA “Le courage indicible du dominant qui ose oppresser.”

fairepayer

  • La fierté de l’homme blanc hétérosexuel et catholique (on s’interroge toujours sur ce que signifie “être blanc pratiquant” et “être mâle pratiquant”) :

HSBC

 

 

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