Mythes sur la prostitution et la pénalisation du client

Contrairement à ce que prétendent les discours anti abolitionniste qui font de la désinformation et véhiculent des mensonges éhontés, l’abolitionnisme vise à la pénalisation du client, et non des personnes prostituées. Il s’agit de condamner l’acte d’achat à la source, et pas la personne qui, pour X raisons, se prostitue.

 

L’abolitionnisme permet de déplacer la charge pénale de la prostituée (prohibition) vers le client. cela signifie que les prostituées qui souhaitent continuer d’exercer ne sont pas visées par la loi et sont libres de faire ce qu’elles veulent. Par contre, les clients se tiennent à carreaux, sous peine d’être dénoncés à la police par les prostituées.

 

De plus dans un pays abo, les réseaux mafieux désertent le pays et les prostituées qui continuent d’exercer sont donc protégées des macs mais aussi gagnent les meilleurs gains d’Europe, contrairement aux pays réglementaristes, où les mafias prolifèrent, avec des filles et des femmes séquestrées et forcées d’exercer, où les gains sont minimes et où la violence des clients n’est pas condamnée, puisque “tant que le client paye il fait ce qu’il veut”.

– La prostitution est un privilège éminemment masculin : celui d’avoir accès à des corps de femmes dont le consentement est acheté par l’argent. Le fait que toute la société considère comme normal qu’une partie des femmes soit sacrifiée pour assouvir les pulsions masculines.

– La majorité des clients de la prostitution sont des hommes en couple donc des hommes qui ont accès à des relations sexuelles. Ce n’est pas la “misère sexuelle” qui est en cause mais bien le fait de payer pour avoir accès à des pratiques que leur copine / épouse refuserait en temps normal, et payer pour avoir accès à des corps/visages correspondants à ce qu’ils s’estiment en droit d’avoir accès. On voit bien sur les forums de clients d’ailleurs qu’ils payent juste pour que la femme ne se rebelle pas et consente à toutes les pratiques hardcore.

– Dire que la prostitution fait diminuer les viols est faux c’est même l’inverse : dans une société où il est considéré comme normal d’acheter une femme pour se vider les couilles, toutes les femmes deviennent par défaut des objets de plaisir.

– Vivre en pays réglementariste ça veut dire que les petits garçons grandissent en voyant des femmes dans les vitrines et avec l’idée que quand ils seront grands, ils pourront s’ils le souhaitent acheter une femme pour leur plaisir / leur consommation. Cela crée une profonde inégalité dans la perception que les enfants ont d’eux-mêmes, et dans la construction psychologique des filles (voir le lien sur la Jonquera).

– Dire que les femmes qui ne se prostituent pas “donnent du sexe gratuit” est largement malhonnête : déjà “gratuit” c’est une transaction financière même si elle est égale à 0 ; parler de “sexe gratuit” c’est déjà établir un échange marchand à 0 donc la femme serait “arnaquée” dans cette situation. Or c’est nier le désir sexuel chez les femmes : ça revient à dire qu’une femme non-prostituée accepte toutes les relations sexuelles que des hommes lui demandent. Or ce n’est pas le cas, les femmes choisissent leurs partenaires sexuels, alors que dans la prostitution l’échange monétaire annule la notion de consentement. L’homme désire, la femme exécute. On appelle ça un “viol tarifé” puisqu’une relation sexuelle non consentie, c’est un viol. Dans l’analyse historique de la prostitution d’ailleurs on a découvert que les premières “passes” étaient des viols où les femmes ont été rémunérées pour garder le silence.

– En ce qui concerne les prostituées qui choisissent leurs clients, elles sont une extrême minorité de privilégiées (blanches, éduquées, avec des papiers, etc) qui travaillent sur internet : elles ne sont PAS visées par les lois abolitionnistes, puisque la loi fait peser la charge pénale sur le client. Une prostituée volontaire qui souhaite poursuivre son activité malgré une loi abolitionniste le peut, elle peut couvrir ses clients.

– Aussi, dire que l’abolitionnisme est “putophobe” envers les prostituées qui choisissent leurs clients, c’est invisibiliser l’écrasante majorité qui ne les choisit pas. La vraie putophobie c’est de laisser les prostituées contraintes (maquées ou pas) dans leur merde au nom d’une poignée de privilégiées qui ont le choix de faire autre chose.

– De la même façon, les personnes qui critiquent l’allocation (certes assez faible) prévue pour aider les prostituées à s’en sortir sont des prostituées qui elles-mêmes gagnent bien : ce ne sont pas la majorité loin de là. ENcore une fois personne ne veut les empêcher de faire leur business, tant mieux pour elles si elles y trouvent leur compte. En revanche celles qui sont contraintes, maquées, sans papiers, menacées etc. elles aimeraient bien avoir une place en foyer et une allocation pour les aider.

– Le système prostitutionnel se situe au croisement du capitalisme et du patriarcat : les femmes sont économiquement précarisées par le patriarcat, donc elles sont plus facilement sans ressources; Le fait de vivre dans une société pornocrate pousse les femmes à envisager la prostitution comme une possibilité, donc la banaliser, avec des imageries glamourisantes du milieu prostitutionnel : Pretty Woman en est l’exemple le plus connu. Ces deux phénomènes (précarité économique + pornocratie qui prend les femmes au berceau, sexualise les ados, etc) poussent largement les femmes dans la prostitution – d’ailleurs beaucoup de femmes qui y entrent volontairement finissent maquées et contraintes…

– L’abolitionnisme prévoit de donner des titres de séjour renouvelables aux sans papieres, de subventionner les foyers pour prostituées en reconversion puisque selon l’abolition la prostituée n’est pas criminalisée mais considérée comme une personne à soutenir dans ses démarches. A l’inverse, la réglementarisation concerne TOUTES les femmes (et c’est pour ça que je dis que toutes les femmes sont concernées par la prostitution “au second degré”) parce qu’en cas de réglementarisation, toutes les femmes auront l’épée de Damoclès au dessus de leur tête : dans le pire des cas les poles emplois offriront des jobs d’hotesses dans les bordels (ça s’est vu en Allemagne) qui ne peuvent pas être refusés sous peine de se faire couper les allocs (puisque c’est considéré comme un travail comme un autre). Dans le “meilleur” des cas, les femmes pauvres seront poussées à se prostituer par l’entourage, la société, puisque ce sera considéré comme un job comme un autre une femme pauvre qui refusera de se prostituer on lui dira qu’elle n’a pas à se plaindre, qu’elle n’a qu’à vendre son corps, etc.

– Concernant l’abolitionnisme qui pousserait les prostituées à s’éloigner des centre villes et donc à se mettre en danger, c’est archi faux et c’est un argument bidon brandi en étendard par les propross (les mêmes personnes qui disent que “Les prostituées et survivantes de la prostitution qui s’expriment en faveur de l’abolition silencient les putes heureuses” – cf. les privilégiées qui ont le loisir de choisir leurs clients, d’en refuser certains, et de faire autre chose de leur vie si ça leur chante) – en réalité dans tous les pays qui ont mis en place l’abolition, on a vu le taux de criminalité baisser et également les meurtres envers les prostituées ; à l’inverse dans les pays qui ont légalisé, les mafias se sont installées (qui dit mafia dit prostituées maquées et sous grosse contrainte) ; il y a énormément de meurtres de prostituées, leurs gains ont largement diminué à cause de l’afflux des réseaux… (En suède les gains des prostituées sont les plus élevés d’Europe, d’ailleurs)

 

  • L’abolitionnisme n’interdit à aucune femme de “disposer librement de son corps” en le prostituant. Il s’attaque à l’acte d’achat en le désignant comme un privilège masculin, et comme l’élément qui permet d’alimenter le circuit du proxénétisme et de la traite (c’est le pricipe de l’acte d’achat qui crée la demande qui engendre l’offre).
    Partant du principe que les prostituées qui choisissent de se prostituer “librement” (étant entendu que tout choix n’est pas libre dans un déterminisme social guidé par le patriarcat) ne sont pas visées par l’abolitionnisme, les prostituées volontaires continuent d’exercer, mais protégées des réseaux de proxénétisme – c’est le cas en Suède où les prostituées font les meilleurs gains d’Europe, où le pays est débarrassé des mafias, et où les clients se tiennent à carreaux de peur d’être dénoncés pour achat d’acte sexuel, la prostituée elle n’étant pas incriminée d’aucune façon

En réalité le système prostitutionnel est largement misogyne, capitaliste et raciste. Plus de 90% des prostituées sont des femmes, l’écrasante majorité est contrainte (étrangères ou pas, venues de gré ou de force, mensonges, kidnappings, achetées à leurs familles…) contre une extrême minorité qui est volontaire – et d’ailleurs la minorité qu’on voit le plus souvent s’exprimer et prendre toute la place et parler au nom de la majorité silencieuse.
Si on regarde les personnalités médiatiques qui s’expriment au nom des prostituées, ce sont des blanc-he-s, éduqué-e-s, qui parlent bien la langue… Et ce qui est le plus drôle, c’est que les défenseureuses de la prostitution elleux-mêmes (Schaffauser, Merteuil…) ne se prostituent plus.

>De 1998 à 2013, il y a eu 127 meurtres de personnes prostituées aux Pays Bas alors qu’en Suède, on ne déplora qu’une seule personne prostituée assassinée (par son mari) durant la même période. (Northern Ireland : Official Report, 09 January 2014. Committee for Justice : Human Trafficking and Exploitation, page 5). Et LES GAINS DES PERSONNES PROSTITUÉES EN SUÈDE SONT LES PLUS ÉLEVÉS D’EUROPE, contrairement aux autres pays où le prix des passes est en chute libre à cause de l’afflux massif de la prostitution étrangère. Ainsi en Suède, le rapport du Conseil national pour la prévention du crime (BRA) de 2008, note « la loi a rendu la tâche plus difficile pour des groupes criminels de s’établir en Suède », ajoutant au sujet des prix pratiqués « bonnes conditions de marché sous forme de prix élevés ». Les tarifs élevés en Suède sont confirmé par un article du Nouvel Observateur : « il suffit de surfer sur ces quelques sites masculins, guides touristiques du sexe, pour le confirmer : “Pour tirer son coup, les gars, allez à Copenhague ! En Suède c’est illégal, et les filles sont vraiment hors de prix. Rien à moins de 200 euros ! Au Danemark, c’est trois fois moins cher… Moins de violence, des salaires plus élevés : le “marché” suédois semble plus sûr pour les prostituées. Miki Nagata s’occupe d’une jeune femme qui, après avoir été escort en Allemagne, où la prostitution est légale, exerce aujourd’hui en Suède : “Elle se sent plus protégée car elle sait qu’elle peut aller voir la police si elle est victime d’un mauvais client. La loi rééquilibre un peu le rapport de force en faveur de ces femmes.” (Nouvel Obs, Stockholm, la ville où le client est invisible, 01-12-2013).<<<

 

Quelques liens pour approfondir :

Qu’est-ce que le STRASS?

Et je suis écoeurée de vous, partisans de la prostitution.

Pretty Woman, 25 ans de mensonges au sujet de la prostitution.

Bordels de la Jonquera, parcs d’attraction machistes.

Paroles de clients (ATTENTION propos violents)

La face cachée de la pornographie

L’envers du X

Ce que vivent les actrices (pornographie)

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#JeSuisUneChienne

Après les “Je suis Paris” (juste, ferme ta gueule Paris est une ville, t’es certainement pas Paris, à la limite tu peux dire “Je suis Parisien-ne” mais bon quand tu viendras on saura tout de suite que c’est faux (cf. le tweet excellent sur les escalators)), dans la série des hashtags “Je suis je suis”, mes yeux ont saigné ce matin, quand j’ai lu le hashtag #JeSuisChien
tweet
La logique aurait voulu que les mots choisis ne soient pas “Je suis chien” mais “Je suis une chienne” dans la mesure où Diesel, victime de l’explosion d’un terroriste à Saint-Denis le 18 Novembre au matin, était une individue femelle de la famille des canidé-e-s.
Ca en dit long. Ca veut dire qu’on n’assume même pas le fait que la chienne qui est morte était une femelle, elle est devenue mâle après son décès pour ne pas occasionner de hashtag gênant. Ca veut dire qu’on n’assume pas non plus de se définir comme étant “un-e chien-ne” mais qu’on choisit au contraire une phrase abstraite qui n’implique pas que nous soyons directement identifié-e-s comme “des chien-ne-s”.

Spécisme

La chienne Diesel, pauvre louloute qui n’avait rien demandé, elle n’est pas “morte pour la France”, elle est morte PAR la France, à cause d’elle si vous préférez. En effet, quelqu’un-e qui “meurt pour sa patrie” c’est quelqu’un-e qui a choisi délibérément de mettre sa vie en péril, quitte à la perdre pour les autres : les militaires, les policiers, par exemple, peuvent “mourir pour leur pays”. Les chien-ne-s exploité-e-s pour travailler* à leurs côtés n’ont pas ce choix : on choisit à leur place, à leur naissance, que leur destin sera de risquer de crever pour servir les humain-e-s. Mais pourquoi plaindre cette chienne, alors que le destin tragique de milliards d’animaux anonymes est de naître dans l’unique but d’être froidement assassiné-e-s, pour leur chair, leur peau, leurs oeufs, leur lait, ou à servir de cobayes pour les industries médicales et cosmétiques ?
Vous êtes “chiens” aujourd’hui, mais moi je ne suis pas seulement une chienne exploitée par la police et sacrifiée** au nom d’une cause humaine ; je suis également chaque poussin broyé parce qu’il ne pondra pas d’oeufs, chaque poule déplumée qui n’a jamais vu le jour et qui souffre le martyre dans une cage hors-sol de quelques centimètres en attendant la délivrance de la mort ; je suis chaque veau arraché à sa mère le lendemain de sa naissance pour être mangé par des humain-e-s pendant que ma maman, dans son infinie douleur de m’avoir perdu, sera torturée, mutilée tout au long de sa vie et revivra chaque année le cycle infernal de ma naissance et de ma mort, et ce pour pouvoir produire le fromage sans lequel vous prétendez ne pas savoir vivre ; je suis chaque cochon enfermé dans une cage minuscule, isolé de mes semblables, sans même pouvoir déplier mes petites pattes atrophiées ; je suis chaque oie et canard gavé-e de force dont le destin se résume à deux possibilités, mourir pendant le gavage ou mourir après pour fournir en spécialités franchouillardes  de cruels gastronomes ; je suis chaque animal dit “de compagnie” acheté comme un jouet, malmené par un enfant, et qui finira abandonné sur une aire d’autoroute glauque parce que j’encombre un peu trop dans les bagages sur la route de Bilbao ; je suis chaque cheval malmené, dressé pour me plier aux exigences de mes cavalier-e-s, pour être utilisé comme divertissement par des humain-e-s, dont certain-e-s sont même persuadé-e-s de m’aimer et de bien me traiter ; je suis chaque poisson, chaque abeille, chaque mouton, chaque animal, de l’éléphant tué pour son ivoire, au lion Cecil qui émeut le monde entier, en passant par le ver à soie dont tout le monde se tamponne. Je suis chaque animal qui meurt dans l’indifférence générale à cause de la cruauté teintée d’ignorance de l’espèce humaine.
Le chien, “meilleur ami de l’homme”, porteur d’un prénom, suscite davantage d’émotions et d’empathie que tous les animaux mort-e-s par et pour les humain-e-s dont nous ne connaîtrons jamais ni le nom ni même l’existence.
Diesel a été couverte d’honneurs patriotiques post mortem. Pourtant, cette chienne n’avait pas fait le choix délibéré de mettre en jeu sa vie pour “sa patrie”. Aussi peut-on affirmer qu’elle n’est pas “morte pour la France” mais à cause du spécisme qui conduit à exploiter des animaux en masse, mais aussi à trouver ça tellement ordinaire et banal.
Vous trouvez ça merveilleux d’applaudir cette chienne, nous trouvons ça malheureux et terriblement triste, parce que ces honneurs humains ne lui rendront pas la vie qui n’aurait jamais du la quitter.

Spécisme doublé de misogynie

Mais venons-en au fait ; dans la longue série de la mode des “Je suis” celui qui est de loin le plus choquant depuis “Je suis Charlie” (voir article de Janvier) c’est celui de ce matin, “Je suis chien”

Parce que le spécisme nous conduit à déconsidérer les animaux, même quand on leur reconnaît des qualités ; parce que comparer un-e humain-e à un-e animal, c’est considéré comme insultant, dans notre monde spéciste. Traiter quelqu’un de “chien” n’est pas anodin et renvoie à beaucoup de symbolique négative ; mais dans une société où le spécisme est doublé de misogynie, il est encore pire de traiter quelqu’une de “chienne”, car cette “insulte” (qui n’en est pourtant pas une) renvoie à l’animalité dans laquelle les femmes sont asservies : dans l’imaginaire collectif, contrairement aux hommes qui, eux, se distinguent de la bête par le savoir, la connaissance, la raison (au sens philosophique), la femme, elle, guidée par ses passions, ou dans le lexique médical soumise à ses fluctuations hormonales, est renvoyée à l’animal, guidé par son instinct.

Remarquez qu’iels ne disent pas “Je suis UN chien” mais bien “Je suis chien”. Double occultation, celle de la femellité et celle de l’animalité. “Je suis chien” renvoie à quelque chose de relativement abstrait, où on ne s’identifie pas complètement à l’espèce canine comme dans “Je suis un chien” où l’identification au chien est complète.
Mais iels ne diront surtout pas “Je suis une chienne”, car cela renvoie doublement à l’animalité, alors même que l’humanité se construit sur la distinction entre “l’homme et la bête” ; mais, pire encore, cela renvoie également à l’image de la femme qui n’est pas respectable, la “chienne” au regard d’une société putophobe et misogyne.
Qui aura le courage d’écrire “Je suis une chienne”? Pourtant, ce serait la moindre des choses, au vu de toutes les personnes qui se sont levées pour “rendre hommage” à Diesel prétendumment “morte pour la France”, au vu de toutes les personnes qui n’ont pas hésité à afficher haut et clair “Je suis Paris” ; qui d’entre vous assumera d’afficher qu’il ou elle “est une chienne”?
* Un contrat de travail est valable entre deux personnes capables juridiquement, et les deux partis doivent être aptes à savoir à quoi ils consentent, ce qui n’est pas le cas des animaux.
** Quant au sacrifice d’une chienne pour un raid antiterroriste, on peut légitimement s’interroger sur la nécessité de ce geste étant donné que l

De l’indécence de la ‘solidarité nationale’ sur Facebook

C’est l’Etat Français qui fabrique et vend les armes que les terroristes finissent par pointer sur les populations civiles.

C’est l’armée Française qui est responsable du massacre de milliers de civils chaque année. C’est l’armée Française qui bombarde des hôpitaux et rase des villages en Afghanistan, c’est l’armée Française qui bombarde des villages au Mali, des campements en Somalie. C’est l’Etat Français qui soutient Israël qui massacre, mutile, arrête incessamment des civils, des femmes, hommes et enfants, et qui interdit sur notre territoire, malgré les grands discours sur la « liberté d’expression », les manifestations de soutien aux peuples ainsi massacrés.

C’est l’Etat Français qui a élaboré et testé son matériel anti-émeutes, ses armes et ses bombes, y compris nucléaires, sur la population civile Algérienne dans les années 40-50, et qui y a aussi bombardé des écoles, des hôpitaux, des infrastructures publiques.

C’est l’Etat Français enfin qui alimente en permanence les conflits à l’origine du massacre à Paris de vendredi soir, ainsi que ceux survenus en même temps à Bagdad et Beyrouth, qui ont sombré dans l’indifférence générale, la préférence nationale des victimes a parlé.

Depuis la fusillade qui a éclaté dans Paris, assortie de quelques détonations au stade de France, on voit fleurir des filtres Facebook pour mettre sur sa photo de profil le drapeau bleu-blanc-rouge.
Je sais que Facebook le propose spontanément, et je sais que ça part d’une bonne intention, vous savez, celles dont l’Enfer est pavé.

Parce que, vous voyez, c’est la France, ou plutôt l’Etat Français, qui est ouvertement soutenu à travers ce drapeau, qui est responsable de la situation dans laquelle nous sommes, en majeure partie.

Et où était votre drapeau Nigérian quand Al Quaeda y faisait 2 000 morts civiles, au début de l’année ? Où était votre drapeau Congolais quand le génocide y faisait 6 millions (!) de morts dans l’indifférence internationale généralisée ? Où était votre drapeau Palestinien quand Israël, soutenu par la France, intensifiait ses frappes sur la bande de Gaza à l’été 2014, faisant des milliers de morts civiles ? Elle était où, votre belle “humanité”, celle derrière laquelle vous vous planquez pour prendre le parti d’un Etat qui assassine à l’intérieur et en-dehors de ses frontières, les mêmes civils, les mêmes pères, les mêmes sœurs, les mêmes enfants que ceux qui sont tragiquement morts vendredi dernier ?

C’est tristement ironique de prétendre soutenir des civil-e-s mort-e-s dans un attentat en affichant indécemment les couleurs de la puissance militaire qui cause des milliers de morts civiles tous les ans partout dans le monde. Chaque mort est une tragédie insoutenable, qu’elle survienne en Cisjordanie, à Beyrouth, à Alep, à Alger, et quand vous affichez ainsi votre patriotisme envers un drapeau et un état militaire responsable de milliers d’actes semblables voire bien pires que celui de vendredi dernier, vous crachez allègrement sur toutes les victimes de ces attentats, sur toutes les victimes civiles, les mêmes que vous prétendez soutenir.

Toutes ces personnes qui prétendent défendre la paix, affichent les couleurs d’un pays en guerre ; un pays hypocrite qui ne sait pleurer les mort-e-s que chez lui, mais qui rejette en masse ses réfugié-e-s alors qu’iels fuient les mêmes terroristes que ceux qui ont attaqué Paris, comme c’est le cas de la Syrie, ou encore qu’iels fuient des pays bombardés par la France, comme c’est le cas de l’Afghanistan ; un pays qui instrumentalise les actes terroristes pour justifier son racisme et son islamophobie, dont les amalgames puants sont entretenus par les journaleux qui ne font définitivement plus leur boulot, alors que les musulman-e-s sont les premières victimes de la majorité des attaques terroristes dans le monde ; un pays qui n’ a pas hésité à faire défiler Netanyahu et Marine le Pen pour Charlie Hebdo et « la liberté d’expression ».

Enfin, mes camarades féministes, progressistes, de gauche ou encore plus à gauche, comment pouvez-vous ne pas voir le piège de la dépolitisation qui se referme sur nous ? Cette soudaine « solidarité nationale », cette injonction à « se serrer les coudes » y compris avec les pires raclures racistes, misogynes, homophobes, nationalistes que ce pays ait porté, contre lesquels nous luttons en temps ordinaires ; cette solidarité nationale factice qui laissera encore de côté cette frange oubliée de toute la France, la jeunesse des quartiers et de Banlieue, brisée, désoeuvrée et qui sombre, dans l’indifférence de tout le reste du pays, qui est laissée pour compte et pointée du doigt quand elle refuse de vouer allégeance à ce drapeau qui a souillé leur histoire, qui a détruit des familles, pendant et après la colonisation, cette partie de la France mise au rebut par ces élans de « solidarité nationale », cette même solidarité avec celles et ceux qui nous oppressent.

En ce lundi de gueule de bois nationale, je suis abasourdie par cette naïveté qui prépare l’entrée en force de la Marine en 2017, estomaquée par cette hypocrisie qui consiste à appeler « geste de solidarité » un élan patriote nationaliste, et à nommer « appel à la paix » l’apologie d’un pays guerrier, colonisateur, assassin. Personnellement, je n’ai plus la patience, je n’ai plus la patience ni pour votre naïveté, ni pour votre bien-pensance, ni pour vos œillères qui vous perdront ; je ne peux plus entendre un seul appel à l’unité aveugle avec les raclures que l’on combat, nous féministes, antifascistes, antispécistes ; je ne peux plus voir en peinture une seule injonction au calme et à l’entente cordiale avec la frange extrêmement bleue de ce pays.

Parce que cet attentat a eu lieu dans un quartier riche d’un pays riche, parce que sa population a le loisir d’en parler sur les réseaux sociaux, parce que d’autres pays dépensent de l’argent pour faire de jolies illuminations tricolores, parce que ça se passe en occident, au pied de chez nous, parce que ça aurait pu être nous-même, nous en parlons, et nous nous sentons enfin concerné-e-s par ce que d’autres vivent tous les jours, et pour beaucoup à cause de notre nation, à cause de notre armée ; parce que ça s’est passé au pied de chez nous, nous sommes pris de cet élan de solidarité nationale qui sert à exorciser notre peur, mais camarades par pitié, gardons la tête froide, gardons à l’esprit que ces attentats font du pain béni pour la désinformation d’extrême droite, la récupération à peu de frais, l’instrumentalisation, contre les musulman-e-s, contre les réfugié-e-s, à laquelle nous assistons ; en filigrane derrière ces drapeaux tricolores, se dessine un avenir bleu marine.

NB : A l’écriture de cet article, il me semble essentiel de préciser trois éléments :

  • Certaines personnes ont affiché un drapeau bleu-blanc-rouge alors qu’elles sont ressortissantes étrangères en France, notamment des réfugié-e-s ou ressortissant-e-s de pays musulmans, et ce dans le but de se désolidariser des actes terroristes avec lesquelles elles sont régulièrement amalgamées. Cet article ne les vise pas, et bien que je ne soutienne toujours pas l’initiative, la portée symbolique est bien différente et il est nécessaire d’en tenir compte.
  • Ce que nous critiquons, ce n’est évidemment pas le soutien aux victimes, ou à leurs familles, mais bien le drapeau en lui-même, pour ce qu’il représente, c’est-à-dire ce qui est exposé dans cet article. Afficher son soutien de façon apatriote est largement possible avec une image noire, une image de bougies ou de tour Eiffel.
  • La personne qui écrit cet article a échappé de *ça* aux fusillades de République et est bien consciente qu’elle aurait pu ne pas s’en sortir vivante, et cet article n’est pas un pied de nez à la mémoire des victimes, mais une critique politique de la portée de la montée de nationalisme sous couvert de solidarité nationale à laquelle nous assistons. Par ailleurs, il y a eu des musulman-e-s victimes de cet attentat, et c’est leur rendre un bien triste hommage que d’arborer cette photo de profil “en hommage aux victimes” quand on sait que le lendemain, des femmes voilées étaient refoulées de chez Zara parce qu’elles portaient un signe associé à l’Islam, victimes des amalgames, de la terreur colportée par les médias qui font le jeu du FHaine, portée par un pays qui s’embourbe dans son islamophobie institutionnalisée.