#JeSuisUneChienne

Après les “Je suis Paris” (juste, ferme ta gueule Paris est une ville, t’es certainement pas Paris, à la limite tu peux dire “Je suis Parisien-ne” mais bon quand tu viendras on saura tout de suite que c’est faux (cf. le tweet excellent sur les escalators)), dans la série des hashtags “Je suis je suis”, mes yeux ont saigné ce matin, quand j’ai lu le hashtag #JeSuisChien
tweet
La logique aurait voulu que les mots choisis ne soient pas “Je suis chien” mais “Je suis une chienne” dans la mesure où Diesel, victime de l’explosion d’un terroriste à Saint-Denis le 18 Novembre au matin, était une individue femelle de la famille des canidé-e-s.
Ca en dit long. Ca veut dire qu’on n’assume même pas le fait que la chienne qui est morte était une femelle, elle est devenue mâle après son décès pour ne pas occasionner de hashtag gênant. Ca veut dire qu’on n’assume pas non plus de se définir comme étant “un-e chien-ne” mais qu’on choisit au contraire une phrase abstraite qui n’implique pas que nous soyons directement identifié-e-s comme “des chien-ne-s”.

Spécisme

La chienne Diesel, pauvre louloute qui n’avait rien demandé, elle n’est pas “morte pour la France”, elle est morte PAR la France, à cause d’elle si vous préférez. En effet, quelqu’un-e qui “meurt pour sa patrie” c’est quelqu’un-e qui a choisi délibérément de mettre sa vie en péril, quitte à la perdre pour les autres : les militaires, les policiers, par exemple, peuvent “mourir pour leur pays”. Les chien-ne-s exploité-e-s pour travailler* à leurs côtés n’ont pas ce choix : on choisit à leur place, à leur naissance, que leur destin sera de risquer de crever pour servir les humain-e-s. Mais pourquoi plaindre cette chienne, alors que le destin tragique de milliards d’animaux anonymes est de naître dans l’unique but d’être froidement assassiné-e-s, pour leur chair, leur peau, leurs oeufs, leur lait, ou à servir de cobayes pour les industries médicales et cosmétiques ?
Vous êtes “chiens” aujourd’hui, mais moi je ne suis pas seulement une chienne exploitée par la police et sacrifiée** au nom d’une cause humaine ; je suis également chaque poussin broyé parce qu’il ne pondra pas d’oeufs, chaque poule déplumée qui n’a jamais vu le jour et qui souffre le martyre dans une cage hors-sol de quelques centimètres en attendant la délivrance de la mort ; je suis chaque veau arraché à sa mère le lendemain de sa naissance pour être mangé par des humain-e-s pendant que ma maman, dans son infinie douleur de m’avoir perdu, sera torturée, mutilée tout au long de sa vie et revivra chaque année le cycle infernal de ma naissance et de ma mort, et ce pour pouvoir produire le fromage sans lequel vous prétendez ne pas savoir vivre ; je suis chaque cochon enfermé dans une cage minuscule, isolé de mes semblables, sans même pouvoir déplier mes petites pattes atrophiées ; je suis chaque oie et canard gavé-e de force dont le destin se résume à deux possibilités, mourir pendant le gavage ou mourir après pour fournir en spécialités franchouillardes  de cruels gastronomes ; je suis chaque animal dit “de compagnie” acheté comme un jouet, malmené par un enfant, et qui finira abandonné sur une aire d’autoroute glauque parce que j’encombre un peu trop dans les bagages sur la route de Bilbao ; je suis chaque cheval malmené, dressé pour me plier aux exigences de mes cavalier-e-s, pour être utilisé comme divertissement par des humain-e-s, dont certain-e-s sont même persuadé-e-s de m’aimer et de bien me traiter ; je suis chaque poisson, chaque abeille, chaque mouton, chaque animal, de l’éléphant tué pour son ivoire, au lion Cecil qui émeut le monde entier, en passant par le ver à soie dont tout le monde se tamponne. Je suis chaque animal qui meurt dans l’indifférence générale à cause de la cruauté teintée d’ignorance de l’espèce humaine.
Le chien, “meilleur ami de l’homme”, porteur d’un prénom, suscite davantage d’émotions et d’empathie que tous les animaux mort-e-s par et pour les humain-e-s dont nous ne connaîtrons jamais ni le nom ni même l’existence.
Diesel a été couverte d’honneurs patriotiques post mortem. Pourtant, cette chienne n’avait pas fait le choix délibéré de mettre en jeu sa vie pour “sa patrie”. Aussi peut-on affirmer qu’elle n’est pas “morte pour la France” mais à cause du spécisme qui conduit à exploiter des animaux en masse, mais aussi à trouver ça tellement ordinaire et banal.
Vous trouvez ça merveilleux d’applaudir cette chienne, nous trouvons ça malheureux et terriblement triste, parce que ces honneurs humains ne lui rendront pas la vie qui n’aurait jamais du la quitter.

Spécisme doublé de misogynie

Mais venons-en au fait ; dans la longue série de la mode des “Je suis” celui qui est de loin le plus choquant depuis “Je suis Charlie” (voir article de Janvier) c’est celui de ce matin, “Je suis chien”

Parce que le spécisme nous conduit à déconsidérer les animaux, même quand on leur reconnaît des qualités ; parce que comparer un-e humain-e à un-e animal, c’est considéré comme insultant, dans notre monde spéciste. Traiter quelqu’un de “chien” n’est pas anodin et renvoie à beaucoup de symbolique négative ; mais dans une société où le spécisme est doublé de misogynie, il est encore pire de traiter quelqu’une de “chienne”, car cette “insulte” (qui n’en est pourtant pas une) renvoie à l’animalité dans laquelle les femmes sont asservies : dans l’imaginaire collectif, contrairement aux hommes qui, eux, se distinguent de la bête par le savoir, la connaissance, la raison (au sens philosophique), la femme, elle, guidée par ses passions, ou dans le lexique médical soumise à ses fluctuations hormonales, est renvoyée à l’animal, guidé par son instinct.

Remarquez qu’iels ne disent pas “Je suis UN chien” mais bien “Je suis chien”. Double occultation, celle de la femellité et celle de l’animalité. “Je suis chien” renvoie à quelque chose de relativement abstrait, où on ne s’identifie pas complètement à l’espèce canine comme dans “Je suis un chien” où l’identification au chien est complète.
Mais iels ne diront surtout pas “Je suis une chienne”, car cela renvoie doublement à l’animalité, alors même que l’humanité se construit sur la distinction entre “l’homme et la bête” ; mais, pire encore, cela renvoie également à l’image de la femme qui n’est pas respectable, la “chienne” au regard d’une société putophobe et misogyne.
Qui aura le courage d’écrire “Je suis une chienne”? Pourtant, ce serait la moindre des choses, au vu de toutes les personnes qui se sont levées pour “rendre hommage” à Diesel prétendumment “morte pour la France”, au vu de toutes les personnes qui n’ont pas hésité à afficher haut et clair “Je suis Paris” ; qui d’entre vous assumera d’afficher qu’il ou elle “est une chienne”?
* Un contrat de travail est valable entre deux personnes capables juridiquement, et les deux partis doivent être aptes à savoir à quoi ils consentent, ce qui n’est pas le cas des animaux.
** Quant au sacrifice d’une chienne pour un raid antiterroriste, on peut légitimement s’interroger sur la nécessité de ce geste étant donné que l
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2 thoughts on “#JeSuisUneChienne

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